Pourquoi la motivation ne suffit pas ?

Pourquoi la motivation ne suffit pas ?

Ce que les sciences comportementales nous apprennent sur les habitudes santé.

Nous savons généralement ce qu'il faudrait faire pour préserver notre santé.

Dormir davantage.
Bouger plus.
Manger plus de légumes.
Mieux gérer notre stress.

Pourtant, entre l'information et le passage à l'action il y a souvent tout un monde.

Pourquoi est-il parfois si difficile d'adopter des comportements dont nous connaissons déjà les bénéfices ?

Les sciences comportementales apportent aujourd'hui un éclairage particulièrement intéressant sur cette question.

Pourquoi savoir ne suffit pas

Nous n'avons jamais eu autant accès à l'information.
Livres. Podcasts. Applications. Objets connectés.Réseaux sociaux.

Chaque jour, nous sommes exposés à des conseils sur le sommeil, l'alimentation, l'activité physique ou la gestion du stress.

Pourtant, les comportements les plus bénéfiques pour la santé restent souvent difficiles à maintenir dans le temps.

Le défi n'est plus vraiment de savoir ce qu'il faut faire.
Le défi est de transformer cette information en habitudes qui durent.

L'écart entre l'intention et l'action

Les chercheurs parlent parfois d'«intention-action gap» pour décrire l'écart entre ce que nous souhaitons faire et ce que nous faisons réellement.

Nous avons l'intention de cuisiner davantage.
Puis nous commandons un repas.

Nous avons l'intention d'aller courir.
Puis nous reportons au lendemain.

Nous avons l'intention de nous coucher plus tôt.
Puis nous regardons un épisode supplémentaire.

Dans une revue de référence publiée en 2016, les chercheurs Peter Sheeran et Thomas Webb ont montré que les intentions expliquent une partie importante de nos comportements, mais qu'une proportion significative d'entre elles ne se traduit jamais en action.

En d'autres termes, avoir l'intention de changer ne suffit pas toujours à changer.

Pourquoi la motivation n'explique pas tout

Lorsque nous n'arrivons pas à tenir une habitude, nous avons souvent tendance à penser que nous manquons de motivation.

Pourtant, nos comportements sont influencés par bien plus que notre seule volonté.

Notre environnement, nos habitudes existantes, notre charge mentale, notre disponibilité ou encore la facilité d'exécution jouent un rôle majeur.

Les sciences comportementales montrent que les comportements ne dépendent pas uniquement de ce que nous voulons faire, mais aussi du contexte dans lequel ils s'inscrivent.

La question n'est donc pas seulement : « Suis-je suffisamment motivé ? »
Mais aussi : « Est-ce suffisamment simple à faire ? »

Le rôle sous-estimé de la friction

Les chercheurs utilisent le terme de « friction » pour désigner tout ce qui rend un comportement plus difficile à réaliser.

Chaque étape supplémentaire demande un effort : réfléchir, décider, s'organiser ou anticiper. Plus une action demande d'efforts, plus elle risque d'être reportée.

Selon le modèle comportemental développé par BJ Fogg à Stanford, un comportement a davantage de chances d'être adopté lorsqu'il est à la fois suffisamment désiré et suffisamment facile à mettre en œuvre.

À l'inverse, même une forte motivation peut s'essouffler face à une action perçue comme trop complexe.

Réduire la friction revient donc souvent à augmenter les chances qu'un comportement soit répété.

Les habitudes reposent davantage sur l'environnement que sur la volonté

Nous imaginons souvent que les comportements sains reposent sur une succession de bonnes décisions. La réalité est plus nuancée.

Les recherches de Wendy Wood montrent qu'une grande partie de nos comportements quotidiens se déclenchent presque automatiquement, sous l'influence de notre environnement.

Avec le temps, certaines actions deviennent associées à des contextes précis : une heure de la journée, un lieu, une routine déjà installée ou un signal visuel. Elles demandent alors moins d'effort conscient.

La constance dépend souvent moins d'une motivation exceptionnelle que d'un système suffisamment simple pour fonctionner même lorsque la motivation fluctue.

Quand trop de choix devient un obstacle

Une étude célèbre menée par Sheena Iyengar et Mark Lepper a comparé deux stands de dégustation de confitures.

L'un proposait 24 variétés. L'autre seulement 6.
Le premier attirait davantage de visiteurs. Le second générait davantage d'achats.

Depuis, plusieurs travaux ont nuancé ces résultats, mais l'idée reste intéressante : lorsque les options se multiplient, la décision peut devenir plus difficile.

La santé n'échappe pas toujours à cette logique.

Davantage de données.
Davantage de recommandations.
Davantage de produits.
Davantage de décisions à prendre.

Parfois, trop de choix finit par compliquer l'action.

Comment réduire la friction au quotidien

Quelques ajustements simples peuvent faciliter l'adoption de comportements bénéfiques :

  • Préparer ses vêtements de sport la veille 

  • Planifier ses séances dans son agenda 

  • Garder des aliments nutritifs facilement accessibles 

  • Automatiser certaines décisions récurrentes

  • Simplifier autant que possible sa routine

L'objectif n'est pas nécessairement d'en faire davantage.
Mais de rendre les bons comportements plus faciles à répéter.

Ce qu'il faut retenir

La santé durable repose rarement sur une motivation permanente.

Elle se construit davantage grâce à des habitudes simples, un environnement favorable et des routines conçues pour durer.

Car les changements les plus significatifs naissent souvent des gestes les plus faciles à répéter.

Références scientifiques

  • Webb TL, Sheeran P. Does changing behavioral intentions engender behavior change? Psychological Bulletin, 2006.
  • Sheeran P, Webb TL. The Intention–Behavior Gap. European Review of Social Psychology, 2016.

  • Fogg BJ. Tiny Habits: The Small Changes That Change Everything, 2020.

  • Wood W. Good Habits, Bad Habits, 2019.

  • Iyengar SS, Lepper MR. When Choice is Demotivating, Journal of Personality and Social Psychology, 2000.